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Interview : Jérôme Libeskind – Logistique urbaine

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Logistique, le dernier kilomètre a besoin d’être smart !

 

Diplômé de HEC, Jérôme Libeskind est expert en logistique urbaine et e-commerce. Il a exercé pendant 25 ans des responsabilités opérationnelles dans le développement et la gestion de plates-formes logistiques, en France et à l’international, ainsi que dans le secteur de la prestation logistique, notamment textile et e-commerce. Jérôme Libeskind a créé en 2013 son activité de conseil, Logicités, et participe en parallèle à de nombreux projets et associations. Il est notamment intervenu comme modérateur lors de conférences au Salon Autonomy.

Opteven Lab : Quel est l’état des lieux actuel de la logistique urbaine ? Quels sont les enjeux futurs ?

vers une logistique smart
vers une logistique smart

Jérôme Libeskind : Aujourd’hui, il existe une vraie prise de conscience des enjeux et des externalités négatives de la logistique (le bruit, les embouteillages, le CO2, l’accidentologie, etc). L’État, les villes et les constructeurs y sont bien sensibilisés. Côté solutions, c’est toujours plus délicat, car il existe des spécificités et des contraintes locales.

Chacun à son niveau propose des actions. Ainsi, certaines villes interdisent la circulation de véhicules au diesel ou demande une livraison 100% électrique. Les mesures contraignantes obligent les transporteurs à évoluer.

Les principaux enjeux à venir pour optimiser la logistique :

  • Travailler sur la consolidation des flux : c’est là où la technologie sera utile. En effet, les marchandises sont hétérogènes en termes de taille, de contraintes de transport, de poids, etc.
  • Augmenter la professionnalisation de l’activité logistique réalisée par des particuliers et des TPE (cf. paragraphe suivant)
  • Continuer à développer les gammes de véhicules propres : aujourd’hui, il existe une offre très présente sur les petits véhicules utilitaires. Pour les gros VUL (Véhicule Utilitaire Léger) et les poids-lourds, l’offre reste très anecdotique. La prise de conscience des constructeurs s’est traduite par des propositions de solutions avec des conditions économiques acceptables pour les petits VUL.

 

Opteven Lab : Comment se passera la logistique demain ? Comment voyez-vous la répartition entre les véhicules utilisés dans le cadre d’un usage privé/public ?

Jérôme Libeskind : Commençons d’abord par un rapide état des lieux des acteurs de la logistique :

  • Les flottes en compte propre : Ce sont des entreprises qui gèrent elles-mêmes leurs livraisons sans passer par des transporteurs externes (ex : Darty ou Office Dépôt). L’optimisation des flux de ces flottes fonctionne relativement bien sans toutefois arriver aux performances des transporteurs spécialisés. En effet, ces derniers bénéficient d’un effet de mutualisation plus fort en travaillant pour plusieurs clients en simultané. Tous gèrent correctement leurs flux en s’aidant de logiciels.
  • Les TPE : Ce sont des commerçants et des artisans qui s’approvisionnent une fois par semaine. Ils ne bénéficient pas d’un effet d’optimisation et sont très nombreux dans les agglomérations françaises. De plus, leurs véhicules sont souvent parmi les plus anciens et les plus polluants car ils roulent peu. Pour limiter les externalités négatives dans le futur, il faudra professionnaliser et trouver des solutions logistiques pour les TPE et PME. L’usage des nouvelles technologies sera alors indispensable.
  • Les particuliers assurent une bonne partie du transport de marchandises lorsqu’ils font leurs courses. Paris est évidemment exclu car 62% des parisiens n’ont pas de voiture. Dans les prochaines années, il faudra faire évoluer la livraison auprès des particuliers, notamment en travaillant sur la livraison à domicile.

Jérôme Libeskind : En ce qui concerne la répartition entre les véhicules utilisés dans le cadre d’un usage privé/public, le sujet peut être traité en 2 parties.

  • Tout d’abord avec l’émergence de l’économie collaborative, les particuliers interviennent peu à peu à la place des professionnels. En effet, ils peuvent assurer des déménagements, intervenir sur des transports de marchandises entre particuliers. En gros, la version covoiturage des marchandises. La synergie entre particulier et privé peut avoir du sens sur le plan environnemental. Il n’est pas illogique que le particulier qui fait un trajet mette quelque chose dans son coffre vide. Les choses vont évoluer dans ce sens-là. Toutefois, il faudra retrouver un équilibre entre l’économie collaborative et les objectifs de développement de la professionnalisation.
  • Par ailleurs, dans certaines agglomérations, les transports en commun peuvent être utilisés pour transporter des marchandises. En effet, dans les grandes villes, ils sont saturés à certaines heures mais pas tout le temps. Il s’agit donc d’optimiser les heures creuses. L’intervention peut se faire à 2 niveaux :
    • soit les marchandises sont transportées avec les passagers dans des conteneurs fermés. Par exemple au Japon, les sièges du tramway sont repliés, un conteneur est installé à la place.
    • soit en utilisant les infrastructures elles-mêmes. Globalement, entre 2 tramways de personnes, un tramway de marchandises circule.

La répartition du transport de marchandises entre le public et le privé est très longue à mettre en place. Pour autant, il serait possible de s’inspirer du transport aérien qui fait à la fois du transport de personnes et de fret.

Autre point à retenir, il y a un vrai sujet de synergie des transports entre particuliers et professionnels. Attention toutefois car le transport de marchandises est réglementé pour les véhicules à moteur. Cette législation, tout comme le statut d’auto-entrepreneur, a par ailleurs favorisé l’émergence de la livraison à vélo ou à pied par les particuliers.

 

Opteven Lab : Quels seront les moyens de transports utilisés dans le futur ?

Jérôme Libeskind : Tout d’abord, aujourd’hui, dans les grandes villes, la tendance est à la réduction des usages privés. Cette tendance va se poursuivre pour les particuliers comme pour le transport de marchandises.

Dans le futur :

  • Les moyens de transports seront de plus en plus propres. Les motorisations privilégiées seront donc : l’électrique, le gaz et l’hydrogène.
  • Les périodes de livraison varieront : les livraisons pourront se faire la nuit car les magasins ouvriront de plus en plus tard.
  • Le type de véhicule : nous aurons à la fois plus de modes de transport doux et plus de poids-lourds. Mais également plus de petits véhicules (scooters, triporteurs, vélos…). L’avènement du e-commerce et la mise en place de livraison rapide (en moins d’une heure) seront propices au développement de ceux-ci. Plus rapide, la livraison du dernier kilomètre devrait aussi devenir plus accidentogène. Cela nécessitera un encadrement réglementaire. Certaines grandes villes chinoises connaissent déjà cette situation, elles voient le nombre d’accidents augmenter très rapidement.

 

Opteven Lab : Quelle sera la place du véhicule autonome ?

Jérôme Libeskind : Le véhicule autonome aura une place importante et se développera probablement avant le transport de personnes, en raison de l’intérêt économique. Sur le sujet, les technologies évoluent très vite :

Illustration d'un camion autonome
Le camion autonome disposerait de compartiments servant de consignes automatiques . Le camion se déplace jusqu’aux différents lieux de livraison. A l’arrivée du camion, le destinataire ouvre le casier avec son smartphone et récupère son colis.
  • Le camion autonome se chargerait de la livraison de colis. Il serait conçu comme sur le dessin ci-contre. Globalement, le camion est comme un vivier de consignes automatiques. Son fonctionnement ? Le camion se déplace jusqu’aux différents lieux de livraison. Dès lors que le camion est arrivé, le destinataire du colis reçoit un code sur son Smartphone. Ce code lui permet d’ouvrir le casier du camion et de récupérer son colis.
  • Le robot suiveur pourra suivre un livreur à pied pour lui permettre de transporter une charge complexe (taille, poids). Cela devrait apparaitre dans un premier temps pour les courriers et les colis. C’est une bonne solution pour diminuer la pénibilité du livreur.
  • Les petits robots de livraison: l’idée est que depuis un véhicule, un humain pilote ses petits robots pour qu’ils aillent livrer les marchandises où il le faut. L’humain sera principalement présent pour résoudre les différents problèmes qu’il peut subsister. Une quinzaine de start-up dans le monde entier travaillent sur le sujet.
  • Les drones: certaines villes commencent à s’y intéresser. Elles ont en général la particularité d’avoir des contraintes géographiques importantes (ex : Reykjavík). La caractéristique des drones est de pouvoir accéder vite dans des zones compliquées ou lors d’accident pour livrer du matériel en urgence. En Afrique de l’Est, il existe déjà des lignes régulières de drones. Les capacités des drones augmentent rapidement  en termes de charge et d’autonomie. En France, Bordeaux a déjà testé la livraison par drone.

 

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